Venezuela : «On vit sous perfusion de la Colombie»

Bienvenue sur le pont international Simón-Bolívar. Une pancarte rouge donne une idée de la tension qui règne du côté vénézuélien de la frontière avec la Colombie : «Dans cette douane, on ne parle pas mal de Chávez !» Dès les premières heures de la matinée, un flux ininterrompu de personnes déferle sur l’avenue principale de San Antonio del Táchira, sous le regard méfiant de nombreux militaires. A part quelques crieurs qui proposent de faux passeports, personne ou presque ne parle. Seul le bruit sourd des roues des valises et des diables, qui grattent le trottoir abîmé, vient troubler le chant des oiseaux. Au-dessus des têtes, le ciel encore rosi par l’aurore.

Certaines valises sont vides et sautent à chaque malformation du macadam, d’autres sont pleines à craquer, toute une vie s’y trouve compressée. Les premières appartiennent aux frontaliers. Chaque jour, ils traversent le pont, vont acheter en Colombie ce qu’ils ne trouvent pas ici ou ne peuvent plus s’offrir à cause de l’inflation. Les secondes ne reviendront pas, du moins pas de sitôt. Elles embarquent pour un voyage difficile avec leurs propriétaires qui ont décidé de fuir «l’enfer» vénézuélien.

Source : Venezuela : «On vit sous perfusion de la Colombie» – Libération