Venezuela : l’humanitaire entre gâchette et substitut

La rapide succession des séquences, depuis l’autoproclamation de Juan Guaidó comme président par intérim du Venezuela, sa reconnaissance quasi immédiate par les Etats-Unis (puis par une série de pays), et, enfin, l’appel à une aide humanitaire internationale d’urgence, dénote l’orchestration stratégique, qui fait de l’humanitaire la poursuite du politique, sinon du militaire, par d’autres moyens. Exemple emblématique de ce que Jean-Christophe Rufin a nommé «la gâchette humanitaire», à savoir l’utilisation de l’humanitaire comme moyen pour légitimer le recours à la force.

Les besoins des Vénézuéliennes et Vénézuéliens, pourtant brandis avec véhémence pour justifier cette aide, servent tout au plus de décor à ce qui, d’emblée, s’est présenté comme un spectacle. Les 100 millions de dollars que l’Organisation des Etats d’Amérique se félicitait d’avoir rassemblés, étaient ridicules par rapport aux nécessités du pays. Mais il s’agissait avant tout d’une bataille de chiffres, de mots, d’images – éventuel prélude à un combat autrement plus violent.

Source : Venezuela : l’humanitaire entre gâchette et substitut – Libération