Venezuela : le grand délabrement

« Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce gouvernement n’est pas en faveur des pauvres ou contre les riches. Il veut simplement que nous dépendions de lui », estime Marcos Zarikian, un homme d’affaires dont le groupe possède une dizaine d’hôtels, trois usines textiles et autant d’avions privés. Son père, arménien, avait fui le génocide en Turquie. Il a bâti cet empire que son fils tente aujourd’hui de préserver. La réduction des lignes aériennes, les conditions de sécurité sérieusement dégradées ont, en trois ans, divisé son chiffre d’affaires par dix. Ce bon élève des jésuites garde la foi. Présent sur tous les fronts, c’est une « armée napoléonienne » à lui tout seul, selon l’un de ses concurrents. L’an dernier, il s’est mis en tête de se lancer dans la culture du coton, devenu trop cher à importer des Etats-Unis. L’Etat lui a cédé gratuitement une exploitation à l’abandon contre la moitié de ses bénéfices.

« Travailler avec ce gouvernement est peut-être vu comme un péché par les snobs du Polo Club, mais soyons pragmatiques : il s’agit d’éviter que le bateau ne coule complètement », raisonne Zarikian. Contrairement à la majorité des entrepreneurs ayant délocalisé leur fortune à Miami, lui réinjecte tous ses profits dans l’économie nationale. Un choix courageux – ou suicidaire, selon les points de vue. Zarikian parle risques calculés, misant son capital uniquement sur ce qu’il produit.

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