J’ai récemment participé à une assemblée dans l’ouest de Caracas où des communard.e.s débattaient de la manière de prioriser des ressources rares. La discussion n’était pas facile. Les gens n’étaient pas d’accord. Faut-il investir d’abord dans un système d’approvisionnement en eau, ou dans une initiative productive ou dans la réparation d’un espace communal ? Les voix se chevauchaient parfois, les arguments étaient construits et reconstruits, les décisions se faisaient attendre. Vu de l’extérieur, cela pourrait ressembler à une réunion routinière et même ennuyeuse. De l’intérieur, c’était bien autre chose : un effort collectif pour penser la vie matérielle sous haute pression.

Des assemblées comme celle-ci ne sont pas exceptionnelles. Elles font partie du fonctionnement ordinaire d’une société qui, même dans les conditions d’un étau impérialiste, continue d’organiser sa vie matérielle et politique. C’est quelque chose qui passe souvent inaperçu dans les récits sur le Venezuela écrits de loin, où l’attention tend à se concentrer sur la « haute politique » — déclarations institutionnelles, négociations, réponses géopolitiques — tout en négligeant le tissu dense de la pratique politique quotidienne qui soutient le processus.

En fait, ce qui pourrait être perçu comme une simple inertie est mieux compris dans sa profondeur : l’expression d’un processus historique en cours qui, depuis plus de deux décennies, a transformé non seulement les institutions, mais les capacités du peuple lui-même.

Pour saisir la durabilité de la Révolution bolivarienne seulement quatre mois après l’enlèvement du président Maduro et l’agression militaire états-unienne, il ne suffit pas d’examiner l’État, la direction politique ou même la politique économique, bien que nous ne devions pas renoncer à l’analyse sur ce terrain. Il faut également examiner un champ différent : la production de la conscience politique. Ce qui est en jeu n’est pas seulement la souveraineté dans son sens formel, mais la mesure dans laquelle une société a développé la capacité de se comprendre, de s’organiser et de se reproduire elle-même — ce que j’ai appelé ailleurs la « souveraineté populaire ». C’est là que la question de l’éducation populaire devient centrale.

Source : Ce qui ne peut être désappris. La Révolution bolivarienne et le futur | Blog Venezuelainfos


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